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« Veronika décide de mourir », par Paulo Coelho : « les fous font des folies »

Veronika décide de mourir

Le roman Veronika décide de mourir de Paulo Coelho raconte qui sont ceux qu’on appelle les « fous » à travers Veronika, jeune femme sans ses propres a priori, si ce ne sont ceux de la société qu’elle a appris. N’est-elle pas folle d’avoir tenté de se suicider ?

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Le résumé de Veronika décide de mourir

« Veronika a les mêmes rêves, les mêmes désirs que tous les jeunes gens du monde. Elle a un métier raisonnable et vit dans un petit appartement, s’offrant ainsi un coin à elle. Elle fréquente les bars, rencontre des hommes. Pourtant, Veronika n’est pas heureuse. Quelque chose lui manque. Alors, le matin du 11 novembre 1997, Veronika décide de mourir et avale quatre boîtes de somnifères.
À l’hôpital où elle se réveille, elle apprend que sa mort n’est retardée que d’une semaine. Durant ce sursis, la jeune femme fait de nouvelles connaissances, expérimente de nouveaux plaisirs et réalise, enfin, que chaque moment de la vie constitue un choix : celui de vivre ou d’abandonner. »

Un personnage perdu dans le vide de son existence, ça peut aussi être un roman vide

Je dois dire que j’ai été un peu déçu de la première partie de Veronika décide de mourir. Au tout début, on comprend rapidement que Veronika est dans ses pensées, qu’elle a voulu mourir, mais qu’elle n’a pas réussi. Elle est en quelque sorte dans les limbes, attendant sa sentence, y réfléchissant : « Veronika était quasi certaine que tout s’achevait avec la mort. C’est pour cette raison qu’elle avait choisi le suicide : la liberté, enfin ; l’oubli pour toujours. »

Le personnage tente d’expliquer son geste : « Quand elle eut enfin obtenu presque tout ce qu’elle désirait dans la vie, Veronika était arrivée à la conclusion que son existence n’avait pas de sens, parce que tous les jours se ressemblaient. Et elle avait décidé de mourir. » Tout ceci, on le comprend parfaitement, grâce au talent tout de même de Paulo Coelho. Mais je ne peux m’empêcher de voir une première partie qui tourne en rond, qui multiplie les réflexions philosophiques sur la vie, son sens, la mort (et son sens aussi), etc. Certains paragraphes sont là, sans rien apporter davantage que les précédents. C’est facile à lire (tout au long du roman), parfois puissant, mais parfois juste pas assez pour nous parler vraiment.

Veronika décide de mourir, mais n’y arrive pas

C’est après cette première partie que le roman prend tout son sens : une jeunne femme suicidaire arrive dans un hôpital psychiatrique et va rencontrer (pour la première fois) ceux qu’on appelle les « fous ». Et si elle aussi était folle ? Après tout, ce sont des médecins qui l’ont amenée ici : « elle comprenait qu’il y avait toujours eu dans sa vie beaucoup d’amour, de tendresse, de protection, mais qu’un élément avait manqué pour faire de tout cela une bénédiction : elle aurait dû être un peu plus folle. » Elle n’avait jamais fait de folie, jusqu’à sa tentative de suicide : « « J’aurais dû faire preuve de davantage de folie. » Mais, comme cela arrivait sans doute à la plupart des gens, elle l’avait découvert trop tard. » Et ça, j’ai bien aimé.

La thèse de Paulo Coelho est que ce sont les fous qui ont raison (« Est-ce que le monde il est à l’envers ou c’est moi qui suit à l’envers ? » disent certains). On peut regretter que les personnages, leur personnalité, ne soient que très peu développés, y compris pour Veronika, qui est… le personnage principal. Le traitement des maladies psychiatriques est également un peu simplet et manque de nuance.

Il n’en reste pas moins que le message final est grand : « C’est grave de s’obliger à ressembler à tout le monde : cela provoque des névroses, des psychoses, des paranoïas. C’est grave parce que c’est forcer la nature et aller à l’encontre des lois de Dieu, qui, dans tous les bois et toutes les forêts du monde, n’a pas créé une seule feuille identique à une autre. Mais vous, vous pensez que c’est une folie d’être différente. » Au final, Veronika est folle dans sa société slovène, mais tout à fait humaine au regard de la nature. Alors elle se dit : « Partons. Les fous font des folies. »

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