Le drame social peut tourner au thriller lorsqu’on ne s’y attend pas, si l’on en croit Jacques Audiard et son film Sur mes lèvres. Le mélange des genres fonctionne, tout comme le mélange des genres de ses deux personnages principaux.
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Le résumé de Sur mes lèvres
« Carla est une jeune femme solitaire et malentendante qui peine à se faire considérer dans l’agence immobilière où elle travaille. Sa rencontre avec son nouveau stagiaire, Paul, un jeune homme qui tente de se réinsérer après un passage en prison, va bousculer son quotidien. »
Carla et Paul, les laissés-pour-compte
Le début du film est assez simple : il reprend les codes d’un drame social avec le personnage de Carla, jeune femme à qui l’on a dit quoi faire et qui obéit, sans s’épanouir. Que ce soit dans son travail ou dans sa vie personnelle. De l’autre côté, un impulsif Paul, qui sort de prison, qui souhaite se faire une place dans la société, sans que cette dernière ne le veuille vraiment. Dans tout le film, et c’est ce qui fait sa force, le duo fonctionne à merveille : le jeu des acteurs est très bon, les interactions entre leurs personnages aussi. Les deux caractères ne s’aiment pas, mais se complètent sans qu’ils ne le veuillent. En bref, c’est un duo bien équilibré. Même si parfois, on a l’impression que Vincent Cassel… fait du Vincent Cassel (mais ce n’est peut-être qu’une impression).
J’ai également particulièrement apprécié l’usage, ou plutôt le non-usage de l’ouïe, le sens qui manque à Carla. Sourde, elle utilise un sonotone qui parfois ne fonctionne pas, ou grésille. Grâce à des plans rapprochés, voire ralentis, on arrive à se mettre à sa place, à ressentir… cette absence de sens. Une mécanique qui aurait pu être utilisée un tout petit peu plus dans Sur mes lèvres, ça n’aurait pas fait de mal. Et enfin, le ressort scénaristique et scénique de sa capacité à lire sur les lèvres est tout à fait appréciable.
Quand le thriller se dégage dans Sur mes lèvres
Néanmoins, le scénario est aussi ce qui m’a dérangé dans le film de Jacques Audiard. Quelques arcs narratifs à propos des personnages secondaires sont un peu posés là, sans qu’on sache trop pourquoi et sans qu’ils n’apportent quelque chose de concret à l’histoire principale. Quelques déboires de Carla avec ses proches au travail ou dans ses amitiés sont calés ci et là pour remplir le tableau. Même chose pour les histoires conjugales du contrôleur judiciaire de Paul ; on ne comprend jamais vraiment où est-ce que le scénario veut en venir.
Enfin, ce fameux passage du drame social au thriller, plutôt finement amené. Le problème évident avec Sur mes lèvres, c’est qu’il ne plaira pas à tout le monde : le mélange des genres, c’est toujours risqué. Moi, j’ai bien aimé, mais pas sûr que ce soit le cas pour tout le monde. D’autant plus que ce passage n’est pas sans défaut. Dans la seconde partie du film, des scènes sont peut-être en trop, ou trop longues. Quoiqu’il en soit, on peut avoir l’impression que l’intrigue ne bouge pas, alors même que Paul doit bouger, le temps presse ! Sa tétanie s’est-elle transmise au réalisateur ?

