Big Bang, mon amour

« Big Bang, mon amour » : le rappeur Lord Esperanza fait son autofiction

On connaissait Théodore Desprez pour son rôle de rappeur sous le nom de scène Lord Esperanza. Mais l’homme de 29 ans s’est aussi attribué le rôle d’auteur avec son premier roman, Big Bang, mon amour, publié le 9 avril 2026 aux éditions juilliard. Une œuvre romanesque, mais aussi d’autofiction ; alors, est-ce du pur egotrip comme dans le rap, un récit sincère, ou une histoire qui n’a de poétique que sa forme ?

Le résumé de Big Bang, mon amour

« Enfant mélancolique, Théodore a passé une partie de l’adolescence à se perdre dans le cannabis avant de trouver dans le rap un exutoire, et dans son ambition, une force motrice. Quand son cœur semble littéralement le lâcher, et tandis que sa carrière est en pleine ascension, un deuil ancien se rappelle à lui. Celui de cet oncle Benoît, sorte d’alter ego sombre qui tourmente Théodore depuis plus longtemps qu’il ne le croit.

Des bancs de la fac au train qui le conduisait au pensionnat jusqu’au trajet solitaire de l’écolier en mal de repères, on remonte avec lui le fil des apprentissages. Ses fantasmes de réussite dans une industrie qui se révèle cruelle, ses amours déçus puis retrouvés, ses conversations avec sa grand-mère Mamo et ce secret qui les relie…

Tout à la fois roman initiatique, éducation sentimentale et manuel de survie à l’usage des jeunes poètes, Big bang, mon amour est un texte habité par une voix d’une grande sensibilité, où l’écriture et le recours à la fiction apparaissent comme un remède au spleen contemporain. »

Une rage de vivre qui vient de la peur du vide

La destinée, le temps, le sens de l’existence… tant de thèmes si vastes et si proches qui ont irrigué les vers de Lord Esperanza. Sous son identité réelle, Théodore Desprez dépeint cette même rage de vivre, teintée d’inaction : « Je voudrais tout faire, tout sentir, tout aimer, tout comprendre, mais je me retrouve coincé dans un seul corps, donc tant que ça tangue pas trop, je bloque et j’attends. Pourtant autour, tout bouge. Le temps qui passe, c’est un putain de réveil en snooze qui sonne en continu, et j’ai beau appuyer dessus pour me rendormir, il se passe rien. » Pourtant, le personnage-auteur prend conscience de sa propre finitude : « Désormais, je penserai à la mort chaque jour de mon existence en me demandant combien de temps il me reste et ce que je veux en faire. J’ai l’urgence de vivre face au vide débordant. La finitude foudroie mon petit ego d’humain. »

Ces deux extraits montrent aussi la certaine profondeur émotionnelle dont fait preuve l’écrivain. Des émotions sincères, parfois crues, mais toujours fortes : il se met à nu, confie ses failles, sa mélancolie, tout ce qui lui passe par la tête. Sa sensibilité nerveuse touche, inspire aussi.

Après la rime pour la rime, la prose pour la prose ?

Aux débuts de sa carrière de rappeur, Lord Esperanza était surtout à la recherche de la technique et de la rime dans ses textes. Assonances et allitérations étaient les plus recherchées, tandis que le sens pouvait parfois paraître secondaire. On le sent bien dans les extraits de ses premières punchline confiées dans Big Bang, mon amour : il est jeune et cherche surtout à montrer son talent. Théodore Desprez a-t-il répété la même erreur avec son premier roman ?

La prose qu’il nous propose (moi aussi, je peux faire le rimeur) et brute, parfois brutale, mais surtout habitée. Et c’est tant mieux. Mais elle est tantôt lourde et forcé : il y a beaucoup de métaphores, qui peuvent être poussées sur plusieurs lignes, avec quantité de qualificatifs. Si certaines sont belles et tout à fait poétiques, toutes ne prennent pas et sont téléphonées : « Une bouteille de Coca rouge et un paquet de Philip Morris aux couleurs du drapeau suédois trônent sur la table ».

Les thématiques aussi : la comparaison de la poussière parisienne à celle des étoiles, les paroles de l’oncle qui résonne dans la tête de Théodore, comme Mr. Anderson dans la tête de Laylow (dans l’album L’Étrange Histoire de Mr. Anderson). On sent ci et là d’où viennent les inspirations et pour ceux « qui l’ont », ça sort du récit. Il y a aussi des références explicites à d’autres œuvres, mais pourquoi pas, ça fait toujours plaisir.

Big Bang, mon amour peut-il résonner dans les cœurs ?

Malgré mes doutes sur la forme et la prose, j’ai en réalité adoré Big Bang, mon amour. Pour sa brutalité, son ton sincère et ses quelques passages poétiques. Mais aussi tout simplement pour son fond, l’histoire qu’il raconte : son oncle qu’il a en lui, sa relation avec sa grand-mère, sa soif de succès et de vengeance, ses doutes, etc. Pour un auditeur de Lord Esperanza, retracer de manière romancée sa carrière est un délice, on tente de faire des parallèles avec ses précédents textes.

Théodore Desprez avait des choses à raconter, il les a racontées d’une très belle manière et le récit fonctionne parfaitement. Que ce soit un album ou un roman, j’attends avec impatience la prochaine œuvre de Théodore Despez. « Mamo m’a toujours dit qu’on n’obtient rien sans travail. Je vais tout faire pour lui donner raison. À défaut d’avoir le don, j’aurai la sueur. »


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