Capharnaüm : survivre à Beyrouth quand on a 12 ans

Capharnaüm raconte la survie difficile de Zain, préadolescent qui vit dans un quartier pauvre de Beyrouth qui va vivre des moment difficiles et qui vont le mener au tribunal.

Capharnaüm, par Nadine Labaki

Capharnaüm est un film dramatique américano-franco-libanais écrit par Nadine Labaki, Jihad Hojaily, et Michelle Keserwany, et réalisé par Nadine Labaki, sorti en 2018. Il a eu un certain succès puisqu’il a été récompensé trois fois au Festival de Cannes 2018.

Le nom fait évidemment référence au capharnaüm, qui désigne un « Lieu plein d’objets entassés sans ordre. » (Larousse) ; ce mot-même provient du nom éponyme de Capharnaüm, un village de pêcheurs situé au nord de l’Etat d’Israël.

Synopsis du film

« L’histoire raconte la vie d’un « enfant des rues », le jeune Zain, qui vit d’expédients dans un quartier misérable de Beyrouth avec sa famille. Le garçon livre les commandes de ses voisins, essaie de soutirer quelques pièces aux automobilistes, aide sa mère à trafiquer des médicaments stupéfiants. Au cours d’une fugue, il rencontre Rahil, une immigrée éthiopienne sans papiers et son bébé Yonas ; en l’absence de Rahil, le préadolescent s’occupe comme un frère du tout jeune Éthiopien qui, autrement, serait mort de faim. »

Capharnaüm, Wikipédia

Nadine Labaki en défenseure des « enfants de la rue »

En plus d’écrire et de réaliser le film, elle y incarne un personnage. Bien que par son travail d’écriture et de réalisation elle peut être qualifiée de « défenseure des enfants de la rue », dans Capharnaüm, elle est aussi l’avocate de Zain, le personnage principal.

Des acteurs qui sont plus que des acteurs

Une autre force du film est le choix des interprètes. En effet en creusant le sujet on apprend que la réalisatrice a choisi des acteurs non-professionnels pour jouer les rôles importants. Zain Al-Rafeea joue le rôle de Zain dans le film, c’est un réfugié syrien qui est arrivé au Liban alors qu’il avait sept ans. D’ailleurs ce dernier joue extrêmement bien, confiant à chaque instant et juste en tous points ; quelque chose de très rare et qui mérite d’être souligné. La personne qui incarne Rahil, la mère éthiopienne s’appelle en réalité Yordanos Shiferaw qui est aussi une immigrée sans-papiers.

Une volonté très louable, qui ne se ressent pas spécialement dans le film, mais qui permet d’appuyer la démarche de Labaki concernant l’immigration au Liban.

capharnaüm

Capharnaüm : assez contemplatif et mélancolique, trop ?

Durant de nombreuses secondes et régulièrement dans le film, on assiste à des plans serrés, larges, posés sur une musique mélancolique. Ces scènes cherchent à montrer la situation au Liban et celle des personnages. Cependant elles sont parfois trop nombreuses ou trop longues, comme pour signifier au spectateur que c’est à ce moment qu’il doit se sentir triste. Un guidage pas forcément appréciable cependant. Quoi qu’il en soit, ces plans sont magnifiques chaotiques, dans des décors qui le sont tout autant et qui veulent peut-être simplement nous montrer, sans artifice. Sauf qu’on est au cinéma et c’est compliqué.

capharnaüm

Un scénario qui montre les problèmes sociaux au Liban

La puissance de Capharnaüm réside évidemment dans le scénario. L’histoire se déroule de base au tribunal, où sont convoqués Zain et ses parents. Ils sont présents parce que Zain a porté plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde : il veut de la justice que ses parents aient l’interdiction d’avoir d’autres enfants. A partir de cette situation, le juge va poser des questions aux deux parties qui vont leur remémorer des moments et vont nous plonger dans leur histoire, là où tout à commencé.

Durant le film, Zain va vivre des aventures loin de ses parents, parfois proches mais par intermittence. Il va faire des rencontres plus ou moins heureuses, mais des rencontres. La particularité est qu’à beaucoup d’instants, il est seul sans ses parents ou ses frères et sœurs, laissé à l’abandon par des parents et un Etat qui ne se soucient pas de lui. On comprend rapidement via le déroulement de l’histoire et par d’autres personnages qu’à Beyrouth, il n’est rien ; des enfants comme lui il y en a beaucoup.

La place des femmes dans la société libanaise

Aussi, Capharnaüm veut médiatiser à travers son oeuvre la position des femmes dans la société libanaise. Souvent à la maison, elles sont réduites à des tâches ingrates, encore plus que les hommes, même pauvres.

De plus, dès qu’elles ont leur règles les problèmes commencent. Elles sont souvent mariées plus ou moins de force très jeunes et cela peut avoir des conséquences terribles sur leur santé ; elles enfantent aussi très jeunes. Je ne pourrai parler de ce sujet plus longtemps puisque le film ne fait que nous montrer ces problèmes sociaux, il ne nous les explique pas mais nous encourage indirectement à nous y intéresser.

Zain, la vie subie

Durant tout le film, Zain semble subir sa vie et probablement à raison ; il a et prend beaucoup de responsabilités de protéger et d’aider ses proches. Il n’aime pas la vie ; il semble là attendre sa fin. Un aspect qui aborde le sens de la vie de façon assez subtile car ce n’est pas clairement dit ; de quoi réfléchir soi-même.

Capharnaüm, un film à voir évidemment !

Dans une société où le cinéma américain est souvent mis en avant, voir des films comme Capharnaüm qui sortent des codes cinématographiques habituels est rafraîchissant. Attention, ce film est particulier à regarder, pas forcément dans son contenu mais dans sa forme ; le déroulement de l’histoire en particulier.

Un film qui n’en est pas vraiment un, tant il frappe de réalisme ; Nathalie Labaki a sur rendre son film vrai, humain. Poétique, intense, déchirant, les mots manquent pour décrire ce qui est transmis par Capharnaüm. Certains passages sont d’ailleurs à la limite entre biographie et scénario imaginé, de quoi ressentir des émotions fortes, plus qu’avec la plupart des meilleurs films des dernières années.

La dernière image du film : attention spoil !

Petit bonus en fin de billet, je voulais parler de la toute dernière scène. Attention, pour ceux qui n’ont pas encore vu le film et qui lisent encore, c’est le moment de partir !

Dans la dernière scène, on voit Zain, qui a toujours été sans-papiers (ses parents ne voulaient pas les lui donner), qui s’apprête à faire sa photo d’identité. Lui qu’on a toujours vu un air blasé (et à juste titre), on lui demande de sourire sur la photo. Après une moue qui dit non, la personne prenant la photo insiste. Alors, il sourit, peut-être pour la première fois du film. Au-delà du changement dans le personnage, qui a réussi dans ce qu’il voulait faire ; c’est un signe d’espoir. Un petit signe d’espoir à la toute fin, mais un vrai signe d’espoir.

Un film incroyable et vrai à l’instar de Citizen Kane que je vous invite à découvrir !

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